Professeur des universités et praticien hospitalier à Strasbourg

Arnaud Sauer mène une double carrière au coeur de l’ophtalmologie pédiatrique au CHU de Strasbourg et de l’enseignement universitaire de médecine. Son fil conducteur, depuis ses études : soins, enseignement, recherche. Ce trio guide toutes ses décisions : offrir des soins de haute qualité, explorer des projets scientifiques variés et transmettre.

« Transmettre : c’est ça qui m’a mené dans cette carrière. » Il dirige également l’école d’orthoptie.

Passionné de sciences depuis le lycée, il choisit la médecine pour son côté

« pratique, application directe et le contact avec les gens. (…) Le noeud central, c’est toujours le patient ! ».

Et c’est justement cette logique de responsabilité, centrée sur l’humain, qui l’a conduit vers la RSE.

« Faire les choses mieux pour notre génération et les générations futures, tout en gardant un bel esprit de qualité. »

Mais, précise-t-il,

« je suis plutôt pour la RSE dans la version où tout le monde se suit… plutôt que la version coercitive ».

Sa vision est pragmatique : tester, ajuster, retenir ce qui fonctionne, laisser tomber ce qui échoue. L’important, selon lui,

« c’est le partage avec tous : les anesthésistes, nos collègues infirmières, les aides-soignants, les secrétaires… chacun apportant ses idées ! »

À l’université, il crée une commission RSE composée de dix permanents. Leur objectif : solliciter un maximum d’initiatives, les trier selon leur pertinence et leur faisabilité, puis les porter.

« Les comités de pilotage de 60 personnes, c’est très bien pour des gros projets de rénovation ou d’orientation, mais ce n’est pas efficient pour mener des projets ciblés au niveau d’une structure comme un bloc opératoire ou un service technique à l’université… »

Un bon exemple :

« Le recyclage du papier a été impossible à mettre en place à l’échelle de l’hôpital ou de l’université, mais existe dans plein de services grâce à des volontés individuelles. »

Aujourd’hui, huit blocs opératoires recyclent leur plastique via une association qui fabrique du mobilier.

« Mais ça ne se fait pas à l’échelle de l’institution parce que ça demande trop d’énergie et trop d’administratif. »

Autre action pertinente et peu banale :

« On a des potagers sur les terrains de l’université, avec un accès à des fruits et légumes frais pour les étudiants, en priorité les boursiers. Certains terrains sont aussi broutés par des moutons … »

« Même si les deux bateaux que sont l’université et le CHU sont difficiles à faire bouger, les réflexions sont nourries clairement des deux côtés, avec des actions ciblées »,

comme le projet de recherche sur les microplastiques dans les structures oculaires. Celui-ci mobilise la structure hospitalière pour le recrutement des patients et le prélèvement des liquides biologiques, et implique des équipes universitaires pour la spectrométrie de masse.

« Nous aimons bien ce genre de sujet parce qu’il fournit de la data et permet de discuter sur du concret ! »

L’analyse des pratiques des ophtalmologues français confirme toutefois un écart : si 90 % se disent sensibles au développement durable, seuls 30 % mettent réellement en place des actions concrètes.

Les données permettent également des mesures simples mais déterminantes. Ainsi, l’usage optimisé des couvertures chauffantes au bloc a permis une réduction d’environ 10 % du bilan carbone d’une chirurgie de la cataracte :

« Un geste tout bête, mais à l’impact massif lorsqu’il est appliqué à un million d’interventions annuelles. Imaginez à l’échelle européenne ou mondiale ! »

L’économie constitue aussi un levier puissant : le passage de l’unidose de collyre au flacon ou la rationalisation des filières de recyclage.

« Les mises en place financièrement intéressantes sont plus facilement prises en compte. »

Son conseil pour agir ?

« Ne pas se décourager au premier revers, il faut persister. »

Pour Arnaud, l’efficacité repose sur la multiplication des actions et leur reproduction à l’échelle nationale et l’internationale.

« Il faut essayer d’évaluer tous les projets, les laisser se mettre en place, observer ce qu’ils produisent et, lorsqu’ils sont efficaces, les promouvoir… »